JOSEPH CLAERR, PEINTRE  THANNOIS

 

 

Par son fils Hubert CLAERR  

 

 

Un peu d’histoire

 

Joseph Claerr est né à Roderen le 5 mars 1913, alors que l’Alsace est allemande.

Son père Armand exerçait la profession de graveur de rouleaux d’impression sur étoffe.

Sa  maman, Cécile,  s’occupait de la maison.

Second d’une fratrie de 4 enfants, Joseph est le seul garçon. Il passe une petite enfance heureuse entre ses sœurs et ses parents à Roderen, charmant village situé à quelques kilomètres de Thann. Il joue dans le ruisseau et construit des cabanes  comme beaucoup d’enfants de son âge. Pendant la  première guerre mondiale, des soldats français, en poste dans son village participent à ses jeux; l’un d’entre eux, sénégalais l’aimait beaucoup.     

La famille déménage et, après un court passage à Bourbach-le-bas, s’installe à Thann, en 1931.  Elle acquiert un terrain dans la côte de Leimbach et construit une maison. Le papa décède prématurément en 1935, des suites d’un accident de circulation, alors qu’il se rend à son travail. Aujourd’hui, cette demeure familiale, rue des Vergers, est actuellement habitée par Alice, la sœur cadette.   

Joseph  aime le vélo, qu’il pratique en compétition ; il s’y distingue en remportant des courses régionales. À Mulhouse, Il apprend le métier de peintre en bâtiment et passe son brevet de compagnon. Il se rend à son travail en vélo, compliquant fréquemment le parcours pour s’entraîner.  

Il aime également danser, et, à l’occasion d’un bal, rencontre Angèle Kuttler qu’il épousera le 17 février 1939. De cette union, naissent Hubert  le 15 mars 1944 et Nicole le 28 mai 1947.   

En compagnie de son épouse, Joseph pratique beaucoup la marche, le ski, et le vélo.

Les jeunes mariés partiront à bicyclette,  en voyage de noce au Titisee, en Forêt Noire. Angèle se souviendra toujours de cette mémorable randonnée où elle devait pédaler « en danseuse »  dans les montées.

Régulièrement, le couple va se promener dans le massif vosgien, à pieds ou à vélo.

La beauté de la montagne deviendra une source d’inspiration inépuisable quand l’artiste se révèlera, plus tard.  

La seconde guerre mondiale  va interrompre sa carrière. Joseph est mobilisé en août 1939 dans l’armée française, puis, comme beaucoup d’alsaciens, incorporé de force dans l’armée allemande. Il  doit  partir en novembre 1944 laissant sa femme et son fils, âgé de quelques mois, alors que Français et Américains sont à Belfort.

(40 000 Incorporés de Force ne reviendront pas)

Prisonnier des Russes avec 800 personnes vers Loten-Gizycko, au nord-est de la Pologne en janvier 1945, il est détenu dans le camp de Pulawy, puis dans celui de Lublin. Il  parcourt un millier de kilomètres jusqu’au port d’Odessa, sur la Mer Noire, d’où un navire anglais le ramène en France, à Marseille, en avril 1945.

Par un beau matin de mai, il retrouve sa famille,  rue du Kattenbachy, un lièvre à la main attrapé sur la route entre Mulhouse et Thann.   

De cette épopée, il ramène sa cuillère en bois, seul couvert utilisé tout au long de sa détention. Il la décorera pour en faire  sa première œuvre. 

De retour à Thann, il est rapidement embauché par Paul Naegelen, patron de l’entreprise de peinture  Naegelen-Mangold, où il fera toute sa carrière et sera très apprécié. En 1947, il obtient brillamment son brevet de maîtrise  et formera les apprentis de l’entreprise. 

Dans les années 50, Joseph participe à la décoration des chars destinés à la fête de quartier du Kattenbach, un des plus vieux quartiers de Thann. A cette époque, il côtoie quelques artistes allemands, travaillant dans l’entreprise pour assurer leur subsistance, tel Christian Ziebold . Leur exemple  révèle une passion latente : comme eux il veut s’essayer à  la peinture artistique. Ses amis l’encouragent. 

En 1966, l’envie de se retrouver autour d’une même passion réuni les amis peintres : en compagnie de Marcel Werderer, André Aveline, Christian Ziebold et d’autres, Joseph Claerr participe à la création du Club Thannois des arts qui expose à la mairie de Thann, puis au relais culturel.  

Pendant plus de 30 ans il peint ses sujets favoris : Thann, sa Collégiale, sa Tour des Sorcières, l’Oeil de la Sorcière, la cabane des Bangards, la Tour des Cigognes, le Kattenbach, les rives de la Thur,  les paysages des Vosges et du midi : « monument aux morts » (n° 19), « collégiale bleue (n°20). 

La cruauté de la guerre, qu’il a connue ici, en Alsace, a fait de lui, un homme profondément pacifiste et follement amoureux de sa région. 

Joseph Claerr est décédé à Thann le 1er novembre 1999, dans sa 87éme  année. 

 

Evolution artistique       

 

Joseph Claerr débute par la peinture de portraits de famille : son épouse Angèle, sa mère Cécile, son beau-père Adolphe Kuttler. Il  travaille d’après photo, de façon académique, mais très vite, il comprend que cet exercice ne mène pas à l’art.  « Cécile » (n° 1

Un des premiers paysages « la tour des sorcières sous la neige » (n° 2), en 1950,  très lumineux et naïf, marque une étape importante : le ciel est peu nuancé, mais la neige est traitée avec passion dans ses  subtiles tonalités de blanc. Le sujet, maintes fois peint, fera l’objet de recherches  jusqu’à l’expressionnisme «la tour des sorcières » (n°3).    

La technique du peintre évolue : malgré un dessin quelque peu rigide, la perspective est juste, et déjà, le talent du peintre s’affirme avec les premières fleurs: « anémones » (n°4), une représentation du « Kattenbach »  (n°5), ainsi que « Saint-Amarin sous la neige » (n°6).    

Le peintre dompte son trait, s’épanouit, et se donne à sa passion nouvelle : peindre les paysages de sa ville et de la montagne qu’il aime tant. Souvent, il part le dimanche, avec épouse et enfants vers le Bellacker ou le Rouge-Gazon. Peintures et  chevalet font obligatoirement partie des bagages. (ph1 le peintre à l’œuvre en montagne) 

Les soirs de semaine, en rentrant du travail, il a grand plaisir à s’asseoir devant son chevalet, près de la fenêtre (pour profiter de la lumière du jour), afin de poursuivre la peinture des paysages débutés sur les sites. (ph 2 le peintre à l’œuvre chez lui) 

La recherche est permanente chez l’artiste. Il s’essaiera à la technique de la peinture au couteau sur plusieurs toiles dont: « nature morte » (n°7), « Rammersmatt » (n°8),               « pommes » (n°9).   

Son métier de peintre, où il travaille les couleurs au quotidien, lui donne un acquis et une grande force dans l’élaboration des nuances, que l’on peut remarquer, en particulier, dans de nombreux tableaux de fleurs : « bouquet champêtre » (n°10), « fleurs blanches, vase d’étain » (n°11), « anémones » (n°12), « bouquet coloré » (n°13).    

L’artiste est  en perpétuelle recherche d’évolution : à l’époque où son fils, Hubert, est étudiant à l’école des arts décoratifs de Strasbourg de 1964 à1968, Joseph Claerr s’essaiera à une peinture plus moderne : « les parapluies » (n°14), « Feux d’artifice » (n°15). 

Les vacances d’été, entre 1973 et 1982, où il retrouvera enfants et petits enfants, à La Môle, près de Cogolin, offrent l’occasion à l’artiste de découvrir la Provence et le massif des Maures. Là, il peindra longuement cette lumière du midi qui a inspiré tant d’artistes célèbres.

(ph 3 le peintre à l’œuvre dans le midi), « Gassin » (n°16), « Cogolin » (n°17).

On peut encore voir les fresques dont il a orné les murs dans la demeure de ses vacances, son hôtesse étant devenue une amie admirative.  

 

Hommage filial 

 

Pour retracer la quête artistique de Joseph Claerr, il est indispensable de faire un large panorama de ses œuvres. Son métier lui a apporté un grand professionnalisme dans le mélange des couleurs, mais il cherchait mieux. Sans cesse, il se documentait sur la manière de travailler des grands maîtres, toujours à la recherche de l’émotion et de la profondeur de l’œuvre. La simple beauté  ne le satisfaisait pas, les artistes qui, pour leur époque,  prenaient le risque de ne pas plaire,  l’ont toujours fasciné. L’œuvre de VAN GOGH a été plus marquante pour Joseph Claerr que celle de MONET.

Je me souviens d’une époque où il s’acharnait pour que ses paysages ne soient pas de simples images ; il travaillait jusqu’à l’obtention de l’émotion recherchée ; « calvaire après la pluie » (n° 18).

L’idée de peindre pour gagner de l’argent avec ses  œuvres lui était  étrangère.

Il aimait faire plaisir en offrant ses peintures à ceux qu’il aimait.